7ème édition de la Conférence internationale « Atlantic Dialogues » : Les tendances démographiques contrastées entre le Nord et le Sud décryptées à Marrakech

Marrakech, 14/12/2018 (MAP)- Les tendances démographiques contrastées entre le Nord et le Sud ont été décryptées lors d’un panel, tenu dans le cadre la 7ème édition de la conférence internationale « Atlantic Dialogues », organisée du 13 au 15 décembre à Marrakech, par le Think Tank « Policy Center for the New South » (PCNS) sous le thème « Dynamiques Atlantiques : Surmonter les points de rupture ».

Lors de ce panel, les intervenants ont examiné les tendances démographiques contrastées entre le Nord et le Sud, avec une question de fond : « Comment l’Afrique peut-elle réaliser son dividende démographique ? ».

Ce questionnement part du constat du vieillissement de la population des pays du Nord face à l’explosion démographique que connaît le Continent africain, dont la population va doubler d’ici 2050, pour atteindre les 2 milliards d’habitants, ce qui pousse à se demander : cette croissance démographique spectaculaire représente-t-elle une chance ou une menace ?.

Lors de ce débat, qui s’est déroulé en présence d’un parterre de personnalités de renom issues de divers horizons et de différents pays, les avis des intervenants ont été très partagés.

Certains, comme Mabingue Ngom, Directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et centrale du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), estiment que « les économies africaines ne grandissent pas assez vite pour absorber les besoins de la population ».

Selon M. Ngom, « nous devons nous concentrer concrètement non seulement sur le plan des engagements, mais aussi sur les ressources ».

« La communauté internationale est convaincue des problèmes démographiques de l’Afrique. Nous devons mobiliser tout le monde pour réduire le nombre de crises et leur amplitude », a-t-il ajouté.

D’autres, à l’instar de Mme Bineta Diop, Envoyée spéciale de la Commission de l’Union Africaine pour les femmes, la paix et la sécurité, considèrent qu’ »il est temps d’investir dans l’éducation, les infrastructures, l’agriculture, pour se préparer à ce boom démographique porteur de nombreuses opportunités sociales et économiques ».

« Croyez au pouvoir de la jeunesse et des femmes du Continent ! », a lancé Mme Diop.

Ce contraste entre les évolutions démographiques entre le Nord et le Sud a soulevé l’épineuse question de la migration, appelée à s’accélérer au vu des déficits du continent, à même de s’interroger si cela constitue une « chance pour une Europe vieillissante? » ou au contraire « un autre facteur de tensions entre Nord et Sud ? ».

De l’avis de Bineta Diop, la migration « n’est pas une solution, puisque l’Afrique peut être un terrain prospère où les Africains peuvent vivre heureux si on met en place des politiques publiques efficaces ».

Dans ce sens, l’Envoyée spéciale de l’UA a tenu à préciser que la démographie « n’est pas une fatalité, puisqu’elle peut être jugulée par des mécanismes de régulation des naissances ».

« Nous pouvons nous inspirer dans ce cadre de l’expérience marocaine qui a réussi à réduire en peu de temps le taux de fécondité de sa population pour s’approcher des niveaux européens », a-t-elle suggéré.

Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, la Conférence « Atlantic Dialogues » connaît la participation de 350 conférenciers en provenance de 90 pays.

Trois jours durant, ce conclave offre l’occasion aux participants de jeter la lumière sur les grands enjeux géopolitiques et économiques du Bassin Atlantique.

Le thème retenu pour cette édition 2018 « reflète des tendances aussi importantes que la montée des populismes, la dernière élection présidentielle au Brésil et la politique étrangère des USA, dans la mesure où celle-ci remet en question l’avenir de l’Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN) et de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ».

De grandes questions transversales restent, par ailleurs, posées telles que la démographie contrastée du Nord et du Sud, la dimension humaine de la crise migratoire, la mobilisation des ressources face au changement climatique, ou encore la perspective d’une nouvelle crise financière internationale.

Anciennement connu sous le nom de « OCP Policy Center », le « Policy Center for the New South » est un think tank marocain lancé en 2014 à Rabat, avec 39 chercheurs associés du Sud comme du Nord.

A travers une perspective du Sud sur les enjeux des pays en développement, il vise à faciliter les décisions stratégiques relevant de ses quatre principaux programmes : agriculture, environnement et sécurité alimentaire; économie et développement social; matières premières et finance; géopolitique et relations internationales.