Les industries culturelles à pied d’œuvre pour une « Second Life »

Marrakech – Un événement baptisé « Second Life » a été organisé, vendredi soir, à l’initiative d’ »Emerging Business Factory » (EBF) et sa Fondation, avec pour finalité d’amorcer un débat engagé, responsable et inclusif sur les moyens et mécanismes à mettre en œuvre pour favoriser une relance optimale de l’industrie créative et culturelle au niveau de la région de Marrakech-Safi après la fin de la crise sanitaire induite par la pandémie du Covid-19.

Initiée avec le concours de plusieurs partenaires, cet événement à distance a été rehaussé par la participation d’un parterre de responsables, d’acteurs et d’opérateurs dans le monde des industries créatives et industrielles, tous animés d’une ferme volonté de repenser la chose culturelle et de relancer sur les bons rails l’industrie créative durant la période post Covid-19.

Du sanitaire au financier, des ressources humaines à la relation client et prestataires, du design des parcours jusqu’à la refonte des espaces privés et publics, sont autant de thématiques judicieuses et pertinentes qui ont été au cœur des débats lors de cette rencontre virtuelle.

Intervenant à cette occasion, le wali de la région de Marrakech-Safi, gouverneur de la préfecture de Marrakech, Karim Kassi-Lahlou, a souligné que la culture et la créativité sont à l’honneur lors de cet événement, qui coïncide avec la célébration, le 21 mai de chaque année, de la journée mondiale de la diversité culturelle, mettant l’accent sur l’importance de la créativité dans l’entrepreneuriat et de l’entrepreneuriat dans l’industrie créative.

« Les projets que vous défendez sont les gemmes de notre pays et de notre région. Ils nous permettront demain d’asseoir davantage l’image de Marrakech et de sa région comme base internationale de lancement de tendances et d’inspirations », a-t-il affirmé, précisant que cette rencontre devra inspirer l’éveil d’une région et de ses générations.

A cet égard, il a exhorté les participants « à se révéler et à faire révéler pour notre ville, notre région et tout le Royaume un futur fécond et une relève fortifiée », relevant que cela ne pourrait se faire qu’à travers un savant métissage de cultures et d’intuitions, qui ne peut se commander en dehors de la création de scènes d’échanges et de débats.

Insistant sur l’impératif de se doter d’une vision stratégique régionale intégrée, fondée sur les industries créatives, il a soutenu qu’il est urgent de redonner à la culture la « vocation intégratrice » qui a toujours été la sienne par l’éducation, le savoir formel et informel et la solidarité.

« La culture ne doit pas être conçue comme un domaine à part, mais plutôt comme le socle permettant d’irriguer toute la société afin que chacun d’entre nous puisse être solidaire et créateur de la richesse commune », a-t-il poursuivi, soulignant l’urgence de penser la culture de manière générale pour relever les défis écologiques, économiques, sociaux et sanitaires de l’époque actuelle car, a-t-il dit, « c’est elle qui nous donne la capacité de comprendre et d’interpréter les changements qui nous affectent mais aussi de pouvoir y répondre concrètement, de même qu’elle joue un rôle dans la résilience des sociétés, dans leur capacité à se projeter dans l’avenir ».

Après avoir fait remarquer que nombreuses entreprises, à l’arrêt ou au ralenti actuellement, devraient faire preuve de résilience jusqu’à changer leur façon de produire, d’organiser le travail et de manager, M. Kassi-Lahlou a estimé qu’après la crise du coronavirus, « la culture de la performance » laissera place à « la performance de la culture ».

Dans ce sillage, il a insisté sur l’impératif de « réinventer notre économie par les créatifs, non seulement pour l’économie, puisque les industries créatives sont de vrais leviers du développement durable, mais aussi et foncièrement pour aller dans le sens de la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui place l’Homme au centre de tous les intérêts et veille à ériger un nouveau modèle économique et social pour le Royaume basé avant tout sur son capital immatériel ».

De son côté, Taoufik Aboudia, co-fondateur d’EBF, a qualifié d' »inédit » cet événement qui se veut une plateforme pour apporter une réflexion commune et prospective, à travers un débat sérieux et un échange franc et responsable pour la préparation de la reprise.

« Inédit d’abord dans le fond car si l’événement intervient dans les circonstances de la double crise sanitaire et économique, il s’inscrit dans la course vers le déconfinement et met nos entrepreneurs ensemble dans la préparation mutuelle pour favoriser la reprise », a-t-il expliqué.

Et M. Aboudia d’ajouter qu’il est « inédit aussi parce qu’il dresse un bilan de +la capacitance+ d’une région à travers les industries créatives qui, elles-mêmes, puisent dans l’authenticité du patrimoine ».

Pour sa part, le président régional de la CGEM-Marrakech-Safi, Youssef Mouhyi, a mis en avant la pertinence du choix de la thématique de cet événement qui constitue un espace propice pour penser l’avenir.

Les industries créatives et culturelles, qui représentent une réelle chance pour la relance de la région, doivent revenir au devant de la scène, a-t-il enchaîné, soulignant que « nous avons une occasion unique de faire renaître l’engouement que l’on sentait à Marrakech en tout ce qui touchait à l’art et à la culture ». « C’est ce qui drainait les touristes nationaux et étrangers vers la cité ocre », a-t-il noté.

La relance se jouera au niveau régional, a-t-il soutenu, d’où, a-t-il insisté, l’impératif de la mise en place d’un plan régional spécifique de relance des industries créatives et culturelles, en tant que soubassements du secteur touristique.

Cette rencontre est la preuve que « nous pouvons nous prendre en charge pour travailler de concert avec les autorités, qui sont prêtes à nous soutenir en vue de mettre sur pied un plan de relance à l’échelle régionale », a-t-il relevé, saisissant l’occasion pour annoncer la relance, après plusieurs années d’absence, du Salon de l’Art de Vivre Marocain « Riad Expo », dont il est le président-fondateur.

Quant au représentant de l’Agence de Coopération internationale allemande (GIZ), Pierre Guillibert, il a indiqué que la pandémie du nouveau coronavirus « nous pousse à opérer un changement dans notre culture et certaines de nos habitudes, notamment ces gestes-barrières comme nouvelles pratiques culturelles dans tous les pays et toutes les cultures ».

M. Guillibert, qui est responsable du secteur eau à la GIZ, a, par ailleurs, annoncé le lancement, prochainement, d’un Hackathon sur « le lavage des mains » pour trouver des solutions afin que tout le monde puisse pratiquer ce geste si simple mais si important.

Cet événement a été agrémenté de bons moments de divertissement en donnant place aux happenings artistiques et culturels ainsi qu’à la musique.

Le programme de la rencontre prévoyait la présentation d’une série de keynotes de différents acteurs et participants sur la « Désinfection des mains dans les lieux publics », « Les industries culturelles et créatives, une réelle chance pour la relance de Marrakech », « Le Hub créatif with EBF », « Poursuivre l’innovation », « Comment bâtir un projet, économique, financier et juridique ? » et la « Formation et qualification des ressources humaines en préparation pour une phase économique ou l’excellence est la seule issue ».

« Quel nouveau paradigme pour nous en tant qu’individu et en tant que communauté ? », « Design, levier de croissance économique », « Demain commence aujourd’hui », « Le secteur de l’événementiel face à la crise du Covid-19/ Réalité et avenir sur les court et moyen termes », « Comment rester créatif durant cette période particulièrement difficile ? » et « Un accélérateur de changement ! « , sont autant de thèmes abordés par les intervenants.

Au menu figuraient aussi des tables rondes axés sur différentes thématiques : « No mans land : sanitaire dans les espaces publics », « Les industries créatives comme renouvellement de l’économie régionale », « Motivation et plan de reprise RH après le Covid » et « Emploi 4.0 ».

D’autres part, des débats ont été engagés autour de la question du « financement » et de « la nouvelle stratégie de l’entreprise : pourquoi pas l’export ? ».

Par ailleurs, une exposition virtuelle, intitulée « Marrakech Creative For love », et une vente au profit d’artistes et associations marocaines ainsi que plusieurs boutiques éphémères, concoctées en adéquation avec les thématiques retenues lors de cette rencontre et boostées grâce à des offres spéciales Event, ont été organisées à cette occasion, outre un reportage Photo de Laïd durant le confinement à Marrakech.