L’OTAN, appelée à se réformer aux nouvelles menaces sécuritaires

Marrakech – L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) est appelée à se réformer et à s’adapter aux nouvelles menaces sécuritaires qui guettent le monde, et à l’environnent politique actuel, ont souligné vendredi, à Marrakech, les participants à une session dans le cadre de la 7è édition de la conférence internationale « Dialogues Atlantiques ».

« L’OTAN doit rester un élément d’instauration de la stabilité et de la paix et de la promotion de la liberté et de la démocratie », ont-ils ajouté dans le cadre d’une plénière sous le thème « L’OTAN peut-il survivre au changement de l’ordre géopolitique ? ».

Les intervenants ont été unanimes à relever que le monde a encore besoin de l’OTAN. Mais celle-ci doit se réformer. Et s’il y a une menace qui pèse sur cette alliance, elle est surtout interne, ont-ils insisté.

Pour la Directrice du programme Paix de sécurité en Afrique relevant de l’Institut for Peace and Security Studies, Mme Michelle Ndiaye, vu la complexité de l’échiquier mondial, il est clair que l’OTAN a encore une légitimité. Mais cette organisation est appelée à s’adapter au nouveau contexte, a-t-elle dit, notant qu’il difficile de se fier aujourd’hui au système multilatéral au vu du repli des nations sur elles mêmes.

Or, la paix est une responsabilité globale et les défis sont désormais transnationaux, analyse Mme Michelle Ndiaye.

« S’il y a bien un risque sur l’OTAN, il vient de certains Etats, qui menacent de se retirer de l’alliance pour des raisons budgétaires », a noté de son côté, l’ancien représentant du secrétaire général des Nations-Unies au Burundi, Afrique de l’Ouest et Somalie et ancien ministre des Affaires Etrangères de Mauritanie, Ahmedou Ould Abdallah.

Autre menace interne évoquée par M. Ould Abdallah : le recul de la démocratie dans le monde.

« L’OTAN à mon sens a pour mission de promouvoir la liberté et la démocratie. Le recul de la démocratie dans certains pays membres de l’Alliance constitue ainsi une menace pour son existence », a-t-il expliqué.

Pour sa part, l’Ambassadeur en chef de la Délégation de l’Union Européenne aux Nations-Unies, Joao Vale Almeida a fait remarquer que les menaces ont changé : cybercriminalité, terrorisme qui est lié aussi à de nombreux trafics et manque de consensus.

« Pour cela, l’OTAN doit se renouveler, se réformer, s’adapter aux circonstances actuelles pour être en mesure de survivre », a-t-il dit dans ce contexte.

Devenu un sujet d’inquiétude en Europe, cette menace sur la survie de l’OTAN poussent certains leaders de l’Union Européenne à réfléchir à l’établissement d’une armée européenne, a-t-il tenu à rappeler, faisant savoir qu’il n’y a pas pour l’instant de plan pour créer une armée européenne.

Mais nous avons en même temps besoin que l’Europe se prenne en charge et les Etats-Unis doivent encourager cela, explique-t-il.

L’envoyé spécial des Etats-Unis pour la région des Grands Lacs en Afrique, J. Peter Pham, pense que cette Alliance a besoin plus que jamais d’une adhésion populaire car les électeurs américains se posent des questions sur les dépenses engagées dans cette alliance.

Or, pour faire pérenniser le système, il faut une légitimité populaire, a-t-il insisté, faisant savoir que la nouvelle administration américaine est en train de revoir la politique extérieure du pays, notamment sa vision de la résolution des conflits et la révision de la politique d’aide au développement.

Il s’agit aussi d’évaluer le travail des missions onusiennes car celles-ci ne doivent pas se poursuivre à l’infini sans atteindre leurs objectifs.

Le Directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (France), Bruno Tertrais, a noté quant à lui, que l’OTAN « se porte bien » sur le plan militaire alors que l’Alliance connait des difficultés, relevant que l’idée de la création d’une armée européenne, qui ne concurrencera par l’OTAN, a été mal comprise.

Cette armée doit se faire en complémentarité avec l’OTAN, a-t-il poursuivi.

Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI et organisée sous le thème « Dynamiques atlantiques : surmonter les points de rupture », la Conférence « Atlantic Dialogues » connaît la participation près de 350 conférenciers en provenance de 90 pays.

Cette Conférence de trois jours (13-15 décembre) offre l’occasion aux participants de jeter la lumière sur les grands enjeux géopolitiques et économiques du Bassin Atlantique, expliquent les organisateurs, faisant observer que le thème arrêté pour cette nouvelle édition « reflète des tendances aussi importantes que la montée des populismes, la dernière élection présidentielle au Brésil et la politique étrangère des Etats-Unis, dans la mesure où celle-ci remet en question l’avenir de l’OTAN et de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ».

De grandes questions transversales restent, par ailleurs, posées telles que la démographie contrastée du Nord et du Sud, la dimension humaine de la crise migratoire, la mobilisation des ressources face au changement climatique, ou encore la perspective d’une nouvelle crise financière internationale.

Anciennement connu sous le nom de « OCP Policy Center », le Policy Center for the New South, initiateur de cette conférence, est un think tank marocain lancé en 2014 à Rabat, avec 39 chercheurs associés du Sud comme du Nord.

A travers une perspective du Sud sur les enjeux des pays en développement, il vise à faciliter les décisions stratégiques relevant de ses quatre principaux programmes : agriculture, environnement et sécurité alimentaire, économie et développement social, matières premières et finance.