Marrakech: Exposition inédite de tapis de la collection privée de feue Fatema Mernissi

Marrakech, 22/12/2018 (MAP)- Une exposition inédite de tapis de la collection privée de la grande sociologue et écrivaine feue Fatema Mernissi est organisée du 22 décembre au 22 janvier prochain à « Dar Maalma » de Marrakech, en signe d’hommage posthume à la mémoire de cette icône de la pensée féministe à renommée internationale.

Initiée par le Réseau des femmes artisanes du Maroc « REFAM-Dar Maalama », en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Communication et la famille Mernissi, cette exposition exceptionnelle, placée sous le thème « Les femmes tisseuses au fil du temps », se veut une invitation à la découverte d’un aspect non encore totalement dévoilé de l’œuvre de feue Mernissi: son soutien sur un plan économique aux artisanes, ces femmes « ingénieuses » faiseuses de tapis.

Dans une déclaration à la MAP, la présidente du REFAM-Dar Maalama, Mme Fawzia Talout Meknassi, s’est félicitée de l’organisation d’un événement si particulier et inédit en hommage à cette grande intellectuelle qui a semé d’innombrables lumières et transmis le plaisir d’apprendre, de comprendre et de partager, ajoutant que cette collection privée de tapis, qui représente un trésor inestimable, va permettre aux visiteurs de découvrir un aspect du travail de feue Mernissi qui n’est pas très connu, à savoir son action en faveur des femmes artisanes et tisseuses de tapis à travers le Maroc, particulièrement dans la région de Taznakht.

Evoquant le thème choisi pour cette exposition « Les femmes tisseuses au fil du temps », Mme Meknassi a fait remarquer qu’il s’agit d’un « jeu de mots »: « Ces femmes ont travaillé et tissé ces chefs d’oeuvre avec du fil et de la laine et ont su filer le temps pendant des années ».

Selon elle, « le tapis est porteur de beaucoup de messages: c’est un livre, une écriture et une expression de femmes », mais il est aussi « un outil économique » dans l’approche de feue Fatema Mernissi.

« C’est là où feue Mernissi rejoint la philosophie du REFAM à savoir que l’artisanat est certes un patrimoine précieux, mais il est surtout un outil économique », a-t-elle précisé.

Mme Meknassi, également journaliste et écrivaine, a aussi relevé qu’on connaît de feue Fatema Mernissi surtout la visionnaire qui avait prédit le rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes de 2011, la militante à la parole incisive, mais on connaît moins l’humaniste qui sillonnait le Maroc profond à la quête « de talents à dévoiler », soulignant que grâce à elle, beaucoup de femmes artisanes, recluses dans leurs campagnes, ont pu être reconnues dans leur créativité.

Le vernissage de cette exposition a été également ponctué d’une conférence débat-témoignage sur l’œuvre de Fatema Mernissi et sa relation avec le tapis.

A travers les différents témoignages livrés, dont ceux d’universitaires et d’artisanes tisseuses de tapis, cette rencontre a été l’occasion de présenter, débattre et de partager la richesse des informations sur la condition de la femme artisane.

Les femmes artisanes présentes ont eu ainsi l’opportunité d’échanger avec les autres intervenants, de leur quotidien et travail et de témoigner de l’apport considérable de Fatema Mernissi et de son impact sur leur vie, ainsi que de leurs droits économiques et de la problématique de la transmission du savoir détenu par des générations de femmes depuis des siècles.

Si les œuvres de Fatema Mernissi tissent les fils de la mémoire en évoquant une multitude de figures féminines hautes en couleurs, son attention fut portée entre autres causes, sur celles des femmes tisseuses de tapis du Maroc. Elle leur ouvrait son carnet d’adresses et exposait leurs œuvres dans son salon qui voyait défiler beaucoup de monde de toutes conditions confondues. Elle comparait souvent l’écriture d’un roman à l’acte de tisser et disait en substance qu’ »un roman, c’est une œuvre de tapisserie: on le tricote et on le brode ».

Grâce à sa proximité avec ces tisseuses, feue Mernissi est devenue une vraie collectionneuse des tapis des femmes du Maroc. Elle a laissé un legs de plus de 200 tapis uniques. Elle avait comme projet de publier un livre sur cette collection, sa genèse et sa raison d’être. Un travail qu’elle avait effectivement commencé quelques mois avant son décès, avec Mme Meknassi, elle-même férue et militante de la condition des femmes artisanes du Maroc et d’Afrique.

Feue Mernissi, décédée le 30 novembre 2015 à l’âge de 75 ans, est une grande figure de la sociologie et de la lutte pour les droits des femmes au Maroc. L’œuvre de Mernissi se penche principalement sur l’aspect composite des sociétés arabo-musulmanes et sur les croisements culturels, ethniques et religieux.

Dans ses ouvrages, elle analyse et décrypte ces aspects identitaires dissimulés au travers des processus socio-économiques et politiques au sein desquels les rapports sociaux relatifs au genre occupent une place majeure.

L’écrivaine et sociologue marocaine avait reçu le Prix Prince des Asturies des Lettres (Espagne) en 2003.