Marrakech : L’Exposition « Farid Belkahia et l’école des beaux-arts de Casablanca 1962-1974 », une immersion dans une période cruciale du parcours de ce grand artiste

Marrakech, 22/12/2018 (MAP)- L’exposition « Farid Belkahia et l’école des beaux-arts de Casablanca 1962-1974 », dont le vernissage a eu lieu, vendredi soir à la Fondation Farid Belkahia à Marrakech, est une immersion dans une période « cruciale » du parcours de ce grand artiste et sa quête d’une modernité artistique au Maroc.

Placée sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, cette exposition, qui se poursuivra jusqu’au 31 mars prochain, met ainsi en lumière l’expérience de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca dans les années 1960 et revisite le contexte de l’émergence d’une modernité artistique post-coloniale au Maroc, dont Farid Bekahia incarne la figure centrale.

Dans une déclaration à la MAP à l’occasion du vernissage de cette exposition, rehaussé par la présence d’un aréopage de personnalités du monde des arts et de la culture, la présidente de la Fondation Farid Belkahia, Mme Rajae Benchemsi, a expliqué qu’il s’agit d’ »une période cruciale de l’histoire de l’art au Maroc puisque dès 1962 Farid Belkahia a été appelé à la direction de l’école des beaux-arts de Casablanca et va créer un nouveau concept d’enseignement en éradiquant la pensée coloniale ».

Au cours de cette période, a-t-elle ajouté, « la pensée coloniale soutenait qu’il ne pouvait y avoir d’art au Maroc contemporain que dans le suivisme de l’occident », soulignant que feu Belkahia s’est ainsi « attelé à éradiquer cette pensée, tout en étant entouré de grands artistes qui partageaient, eux aussi, la même volonté de construire le Maroc culturel au lendemain de l’indépendance, créant ainsi un véritable laboratoire pour de nouvelles idées ».

Dans le même sillage, Mme Benchemsi, qui est également critique d’art, a enchaîné que conscient de l’importance des arts traditionnels et du fait que le Maroc est un pays millénaire jouissant de très grandes traditions artistiques, feu Belkahia expliquait aux étudiants qu’ils « ne peuvent pas transiter vers l’art contemporain s’ils ne disposent pas de la connaissance nécessaire et appropriée de la richesse de leurs propres traditions artistiques ». « C’est ainsi qu’il a introduit l’enseignement des arts traditionnels à l’école des beaux arts », a-t-elle rappelé.

Et de poursuivre que quand Farid Belkahia a démarré l’expérience du cuivre, c’était « un acte vraiment révolutionnaire de sa part en prouvant aux étudiants qu’on peut faire de l’art contemporain sans se référer à l’Occident, en abandonnant toutes les techniques classiques (chevalet, peinture à l’huile, etc…) et en s’attaquant à un matériau fortement traditionnel, qu’est le cuivre ».

Farid Belkahia, qui a assuré la direction de l’école des beaux-arts de Casablanca de 1962 à 1974, a fait de cette dernière un incubateur d’idées pour faire émerger une création artistique moderne ancrée dans la culture locale et émancipée des pratiques artistiques académiques.

Il s’agit d’une expérience qu’il a menée avec l’appui et l’implication active de ses compagnons de route, à savoir les deux artistes Mohamed Melehi et Mohamed Chabaa, l’historien d’art, Toni Marini et l’anthropologue, Bert Flint. Ensemble, ils vont initier une pédagogie novatrice faite d’expérimentation, de recherche et de publication.

Comme l’a écrit Toni Marini: « Pour comprendre l’œuvre de Farid, il faut se rappeler ce que signifièrent pour lui cette période de bouillonnement et de renouveau artistique et les débats animés entre artistes sur ce qui pouvait être un art à la fois national et international, marocain et universel », souligne-t-on.

Le parcours de cette exposition donne ainsi à voir, pour la première fois, les œuvres de Farid Belkahia réalisées sur le cuivre, matériau fortement utilisé dans les arts traditionnels qu’il a adoptés après avoir abandonné en 1962 la pratique de la peinture de chevalet, précise la Fondation.

Les œuvres de sa période expressionniste sont gravées ou exécutées en bas-relief sur des plaques de cuivre et font apparaître une transition progressive d’une pratique artistique précédente vers ce nouveau support qu’il s’est réapproprié et a mis au service d’une création contemporaine, explique la même source.

Sont également présentées les œuvres des années 1960 et 1970 de Mohamed Melehi et Mohamed Chabaa, ainsi que celles de Mohamed Hamidi, Romain Atala, Mustapha Hafid et André Elbaz. Viendront compléter ce parcours les œuvres de Malika Agueznay, Abdallah El Hariri, Abdelkrim Ghattas, Abderrahman Rahoul et Houssein Miloudi.