Quand Essaouira invite les sujets d’actualité au banquet du débat

Par : Samir Lotfy
Essaouira – Cité des arts et de la culture sans conteste, Essaouira se confirme davantage comme terre de rencontres et un lieu exceptionnel de méditation pour des intellectuels de renommée mondiale qui y séjournent dans la convivialité la plus inouïe, le temps d’inviter les grands sujets d’actualité au banquet de la réflexion et du débat instructif.

Si le rayonnement de la cité des alizés dépasse les seules frontières nationales pour s’étendre à d’autres cieux, cela n’est nullement un constat aléatoire ou conjoncturel mais tient à l’histoire si riche de cette cité et à tout un travail bâti ces 30 dernières années pour faire de ce port atlantique, une forteresse de résistance à l’amnésie, au déni et au repli, et de promotion et vulgarisation des valeurs les plus universelles de paix, de tolérance, d’ouverture, de respect mutuel et d’acceptation de l’autre.

Certes, Essaouira est très célèbre par ses grands festivals de portée universelle à l’image des Andalousies Atlantiques, seul et unique festival au monde à mettre côte à côte des chanteurs et musiciens musulmans et juifs, pour chanter, la main dans la main, la paix, et la tolérance et permettre à la cité des alizés de revivre des moments de joie qui faisaient la marque de son histoire glorieuse dans la coexistence et le vivre-ensemble.

La particularité de ce festival est son forum baptisé « L’école d’Essaouira », une véritable tribune de réflexion et de débat qui, au fil des années, a permis à la cité des alizés de jouer le rôle de cette « boussole marocaine », dont un monde en proie au repli, aux incompréhensions et à la fracture, en a plus que jamais besoin.

En d’autres termes, la démarche de la ville d’Essaouira est à la fois novatrice et pragmatique en ce sens que cette cité emblématique avait fait le choix de la culture et des arts comme levier de son développement local, tout en oeuvrant pour développer une niche qui ne peut que consolider l’attractivité de la ville et en faire un espace de rencontres, de recherches et de débats intellectuels de haute facture.

C’est dans ce sens qu’Essaouira a vécu en 2018 un événement majeur en abritant plus précisément à Bayt Dakira, le siège permanent du Centre d’études et de recherches Abraham Zagouri sur le droit hébraïque marocain, une structure scientifique qui s’insère dans le sillage des efforts engagés par le Royaume pour la promotion de l’identité marocaine et la confirmation de l’affluent hébraïque comme composante indissociable de cette identité.

Dans cet élan d’engagement et de rigueur en faveur de la recherche scientifique, la cité des alizés se dotera ultérieurement d’un autre Centre baptisé « Haïm Zafrani » sur les relations entre judaïsme et islam, une autre structure singulière au Monde.

Faire d’Essaouira un espace de réflexion et de débats autour de sujets du monde contemporain à l’initiative d’une société civile active et dynamique en l’occurrence l’Association Essaouira-Mogador, s’avère donc une orientation réussie car, cette cité du Maroc Atlantique se distingue par sa spécificité d’être une ville piétonne et conviviale, outre le fait qu’elle dispose d’une infrastructure d’accueil et d’hébergement adéquate alliant à la fois modernité et tradition, et offrant aux hôtes toutes les conditions de confort, de méditation et de réflexion.

Approché par la MAP, M. Tarik Ottmani, président de l’Association Essaouira-Mogador, a soutenu que la mise en place d’un pôle universitaire s’avère plus que jamais une nécessité impérieuse dictée par l’impératif de permettre aux jeunes de la province de poursuivre leurs études dans de meilleures conditions. « Il est presque inadmissible de voir une province de plus de 500.000 âmes dépourvue d’une infrastructure universitaire apte à accompagner la dynamique que connaît la ville », a-t-il dit.

Il a appelé les parties concernées à œuvrer pour l’accélération de la mise en place d’une université à Essaouira, afin de permettre de retenir les bacheliers de la province et ainsi de développer une expertise avérée, à même d’accompagner les efforts de développement menés localement.

Même son de cloche chez Hicham El Madhi, acteur associatif et spécialiste souiri en patrimoine, qui a loué cette dynamique que connaît la ville sur le plan intellectuel, soulignant, toutefois, la nécessité de doter la ville d’un pôle universitaire à même d’accompagner cette dynamique et de mettre en valeur les compétences locales.

« La mise en place d’une université pluridisciplinaire à Essaouira est le vœu de toute une population locale à majorité jeune en ce sens, qu’elle permettrait d’épargner aux jeunes de la province les dépenses et les efforts d’aller s’installer dans une autre ville universitaire pour poursuivre leurs études supérieures », a expliqué M. El Madhi, estimant que la cité des alizés a tellement besoin de ses compétences et intellectuels pour mieux accompagner son essor.

Une dynamique intellectuelle soutenue, certes, car la ville d’Essaouira a accueilli durant l’année 2018, une série d’événements intellectuels de portée internationale à l’instar de la 8è édition du Women’s Tribune tenue, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, du 16 au 18 mars dernier sous le thème « Entreprendre en conscience », avec la présence d’éminentes personnalités politiques, économiques, et d’acteurs associatifs du Maroc et d’ailleurs.

Essaouira a eu le grand honneur d’abriter pour la première fois en Afrique du nord, du 18 au 23 juin dernier, le 12è Symposium mondial du groupe de recherche et d’études sur les musiques de la Méditerranée, avec la participation d’une centaine de chercheurs et d’académiciens, en provenance des Etats-Unis, d’Europe et de toute la Méditerranée, et avec l’encadrement et le soutien scientifique de l’Université Columbia de New York ainsi que du Conseil international des musiques traditionnelles basé à Londres.

Ce sont également quelque 100 personnalités de différents horizons qui ont fait le déplacement à Essaouira le 30 juin et 1er juillet derniers dans le cadre d’une Conférence organisée par le Think and do Tank international Thinkers and Doers autour « des premiers états généraux des entreprises et des entrepreneurs citoyens », sanctionnée par la publication de l’appel d’Essaouira, un rapport de « solutions sociales et responsables ».

La ville d’Essaouira a accueilli également du 3 au 7 juillet dernier, la 2è édition de la Summer school du Master sur le droit des échanges euro-méditerranéens, en double diplôme entre l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université de Bordeaux.

La cité des alizés a été choisie le 14 septembre dernier, pour accueillir les travaux de la 18è réunion du groupe migratoire mixte maroco-espagnol, en présence de la Secrétaire d’État espagnole aux affaires migratoires, Mme Consuelo Rumi, et de la Secrétaire d’État espagnole aux affaires intérieures, Mme Ana Botella.

Dans ce dynamisme intellectuel, Essaouira a accueilli du 5 au 7 octobre dernier, la 4è édition du Forum euro-méditerranéen des jeunes leaders autour du thème « Réinventer la transmission, un défi du monde contemporain » et ce, à l’initiative de l’ambassade de France et de l’Association Essaouira-Mogador, avec au menu 5 tables rondes et 12 ateliers thématiques. L’objectif étant de donner la parole sur les sujets d’actualité aux jeunes responsables politiques et économiques et aux figures émergentes de la société civile des deux rives de la Méditerranée.

Des spécialistes marocains, africains notamment du Sénégal, ainsi que des étrangers ont pris part les 2 et 3 novembre dernier à Essaouira, à la 2è édition du Forum de Saint-Louis, autour du thème « Mieux habiter le monde ». L’événement a été l’occasion de passer au crible les grands défis qui entravent le développement du Continent.

Du 26 au 28 novembre dernier, les experts et chercheurs en patrimoine marocains et étrangers ont fait le déplacement à Essaouira dans le cadre d’une rencontre internationale autour du thème « Villes et patrimoines dans les Etats arabes », initiée par la Société Marocaine d’Archéologie et du Patrimoine (SMAP) et le Centre régional de conservation ICCROM-ATHAR à Sharjah aux Emirats arabes unis (EEAU).

La cité des alizés a accueilli aussi du 30 novembre au 2 décembre, la 1ère édition de la « Global Energy School : GES », un événement académique placé sous le thème « Engagement civique des jeunes : L’opportunité de faire progresser les initiatives d’équité énergétique ». L’objectif est d’accompagner les jeunes leaders nationaux pour l’examen des questions relatives notamment à l’énergie et aux changements climatiques.

In fine, Essaouira, ville à l’histoire rayonnante et au patrimoine riche et singulier, dispose de tous les atouts pour mieux se positionner sur l’échiquier du tourisme incentive. Une niche prometteuse qui, accompagnée des actions et initiatives requises, insufflera sans nul doute une dynamique nouvelle à toute l’économie de la région.