Voyage à la découverte de l’histoire de la céramique

Par : Samir LOTFY
Safi – Bordant le littoral atlantique comme pour témoigner de longs siécles d’histoire si riche et diversifiée, la ville de Safi a eu le mérite de tisser très tôt un lien « profond », si « étroit » et « commun » avec l’art de la céramique, au point d’être qualifiée depuis 1919 et jusqu’à nos jours, de véritable « capitale marocaine de la céramique ».

Cette notoriété singulière, la Cité de l’Océan la doit amplement à de grands artisans et maitres céramistes qui, avec tant d’amour pour le métier et de sacrifices consentis, ont su préserver cet art ancestral qui témoigne d’un grand « génie » de l’homme, assurer sa transmission aux générations montantes et l’emporter au-delà des frontières nationales, permettant ainsi au Maroc en général et à la ville de Safi en particulier, de briller de mille feux lors des grands salons et foires dédiés à l’artisanat.

L’importance de la céramique dans l’histoire et la vie quotidienne des Safiotes s’illustre à travers la mise en place dès 1990 au coeur de l’un des monuments les plus emblématiques de Safi, à savoir « Dar Sultan », d’un espace muséal complètement consacré à la céramique, avant sa délocalisation vers un nouveau bâtiment au coeur de la Cité des arts à Safi. Un espace baptisé « Musée National de la Céramique » relevant de la Fondation Nationale des Musées (FNM).

In fine, l’objectif d’un Musée National de la Céramique est de permettre aux visiteurs nationaux et aux étrangers de mieux découvrir ces « trésors » de la céramique, tout en rassemblant ce patrimoine dans un espace digne de l’importance et de la valeur « humaine » et « historique » que représente ce savoir-faire ancestral.

En effet, l’importance sociale et économique de la céramique dans le tissu socio-économique de la ville n’est plus à démontrer. D’ailleurs, plusieurs sources historiques et archéologiques sont unanimes sur le fait que Safi est le « réceptacle » d’une activité potière très enracinée dans l’histoire.

« Les habitants de la ville de Safi ont combiné, depuis leur existence, entre les ressources maritimes et la fabrication d’objets utilitaires en poterie, grâce à la disponibilité d’une matière première de grande qualité offerte par les gisements environnants », explique la Fondation Nationale des Musées (FNM) dans un document dédié au Musée National de la Céramique de Safi.

La FNM ajoute que « la découverte d’énormes quantités de céramique archéologique dans le site de Lalla Hniya Hamriya en 1994, constitue une grande preuve scientifique que Safi a connu l’industrie de la céramique au moins depuis l’époque Almoravide, au 11è siècle », notant que cette activité avait duré tout au long du Moyen Age avant qu’elle ne soit arrêttée à cause de la colonisation portugaise (1508- 1541).

Par ailleurs, un document historique datant de 1821 confirme que Safi est redevenu un Centre de reproduction de la céramique, au moins au début du 18è siècle c’est à dire un siècle avant l’arrivée du maitre céramiste Boujemaâ Lamali, rappelle la FNM, faisant savoir que l’installation de ce Maâlem à Safi a bouleversé l’histoire de la céramique non seulement dans cette ville mais dans tout le Maroc.

C’est grâce à l’école de la céramique qu’il avait fondée dans son atelier, la première du genre au Maroc et en Afrique, que Safi est devenue « la capitale marocaine de la céramique » depuis un siècle déjà.

A cela s’ajoute que l’esprit créatif de Lamali lui a permis de confectionner plus de 450 objets entre forme et décor, d’autant plus que c’est grâce au port de Safi que la céramique de la Cité de l’Océan est connue des quatre coins du monde, tient à préciser la FNM.

Après ce succès aux niveaux national et international, il a été décidé dès 1990 la mise en place à « Dar Sultan », d’un espace complètement dédié à la céramique, avant sa délocalisation après le réaménagement du Musée National de la Céramique et son inauguration en 2018, a confié à la MAP, M. Said Chemsi, conservateur du Musée.

« Le réaménagement de cet espace a eu lieu sur la base d’une révision de synographie ayant pris la forme d’une chronologie: de la préhistoire, le Moyen âge, l’époque moderne et celle contemporaine, ainsi que d’une répartition géographique, étant donné que les pièces de céramique parmi les plus anciennes se trouvaient dans le Sahara marocain », a-t-il expliqué.

Interrogé sur les objectifs assignés à cette structure muséale, M. Chemsi a indiqué que la création du Musée National de la Céramique répond à la volonté de redonner de la considération à Safi en tant que ville historique disposant d’un patrimoine riche et diversifié, notamment en ce qui concerne la poterie et la céramique à même de lui permettre de s’ériger en capitale incontournable de la céramique, et ce à compter du 20è siècle, a expliqué M. Chemsi.

Et de poursuivre qu’il s’agit aussi de se doter d’un fonds documentaire et muséal des différentes pièces et objets de poterie et de céramique ayant une importance et une valeur historiques et anthropologiques, et de rassembler, répertorier et exposer les objets céramiques patrimoniaux du Maroc dans un seul édifice.

C’est intérêt particulier pour la promotion de ce savoir- faire ancestral s’est traduit par le réaménagement du Musée National de la Céramique dans un nouveau bâtiment (2016- 2018) d’une superficie de 900 m2 au sein de la Cité des Arts, et comprenant plusieurs salles d’expositions, un espace d’accueil des visiteurs, outre des dépendances administratives entre autres.

Cet espace muséal, soigneusement aménagé de manière à garantir une meilleure découverte de ce savoir- faire séculaire, offre à voir et à apprécier une collection de quelque 150 pièces de la céramique et de la poterie, dont des objets archéologiques d’une importance historique indéniable.

Ainsi, à part la première salle, qui est aménagée d’une manière chronologique, les trois grandes salles sont organisées de manière géographique, chronologique et artistique. La première salle contient la céramique archéologique depuis la préhistoire 3800 av JC, jusqu’au début des temps modernes (milieu du 16è siècle).

Quant à la seconde salle d’exposition, elle renferme la céramique ethnographique des régions montagneuses : le Rif, le Grand Atlas et le Moyen Atlas, et d’un village saharien de Tamegroute. On y trouve aussi la céramique ethnographique citadine de villes historiques, telles que Tétouan, Meknès et Fès (18è et 19è siècles).

Pour ce qui est de la troisième salle, elle est consacrée à deux grands centres de la céramique marocaine, à savoir Fès et Safi. La partie droite est réservée à la céramique de Fès (19è et moitié 20è siècles), alors que la partie gauche est réservée à la céramique architecturale et ethnographique de Safi (du milieu du 19è siècle jusqu’au début du 20è siècle).

Le circuit de visite et d’immersion au coeur de l’histoire de la céramique s’achève en toute beauté à la salle 4 de cet espace muséal, occasion de découvrir enfin, la céramique de Safi tout au long du 20è siècle (depuis le 19è siècle jusqu’aux années 2000). Au sein de ce pavillon, les objets sont classés par chronologie, par décor, et/ou par céramiste (atelier).

De par l’importance des pièces de la céramique et de la poterie exposées, le Musée National de la Céramique raconte de manière « scientifique », « vérifiée » et « documentée », l’histoire évolutive de la céramique au Maroc, et reflète, si besoin est, toute une chronologie liée à ce savoir-faire ancestral.

Un véritable périple dans les couleurs, les formats, et les décors, proposé et garanti pour tout visiteur avide de connaitre et de découvrir l’une des composantes de l’identité nationale et de la vie quotidienne des Marocains.