Festival d’Imintanout : « Zoom » sur l’authenticité d’une ville

Par : Samir LOTFY
Imintanout (province de Chichaoua)- Le Festival d’Inintanout qui a soufflé tout récemment sa 12è bougie, en signant un retour triomphal, après plus de deux ans de rupture imposé par la pandémie de la Covid-19, a offert, au-delà de ses aspects artistique et festif, un « Zoom » sur l’authenticité de toute une ville dont, il porte le nom et la richesse et la singularité de son patrimoine.

Rendez-vous estival des plus attendus par les habitants comme par les hôtes de cette ville nichée au pied de la chaine montagneuse du Haut Atlas, à une quarantaine de km de Chichaoua, ce Festival incarne une dimension sociale et affective assez particulière, en ce sens qu’il sert de véritable moment de « retrouvailles et de convivialité », après une longue période d’absence et de séparation entre familles, proches, et amis, étant donné que cette partie du territoire national compte un nombre important de familles ayant des membres installés à l’étranger.

Prendre part à ce Festival qui, au fil des années, a acquis ses lettres de noblesse en épousant désormais, l’appellation de « Festival d’Imintanout pour l’art, la créativité et le patrimoine », c’est avant tout, un retour aux origines pour nombre de natifs de cette ville et ses zones limitrophes, le temps de se ressourcer, se rappeler les traditions et us des aïeux et surtout, de retrouver la grande famille.

A l’instar des autres régions du Royaume où, la famille constitue le « noyau dur » et un levier majeur de la société, à Imintanout, « la famille nombreuse » jouit d’une « sacralité » remarquable. Et pour preuve : Ces valeurs sont amplement préservées permettant de vivre en communion, tout en faisant appel à la solidarité affective et à la cohésion sociale.

Cette donne n’est pas un simple fruit du hasard ou un choix dicté par les aléas d’une conjoncture quelconque mais, puise son fondement dans l’histoire de cette ville qui, connue par le passé, par sa nature verdoyante, servait de point d’eau et d’espace de rencontre et d’escale sur la route commerciale empruntée par les caravanes traversant le Royaume, du Nord vers le Sud, ou inversement ou encore, vers la côte Atlantique (Essaouira).

Dans une déclaration à M24, la chaîne télévisée de l’information en continu de la MAP, M. Lahcen Irekmane, acteur associatif, artiste-peintre, calligraphe et musicien, s’est attardé sur l’histoire rayonnante de cette ville connue par l’hospitalité de ses habitants et leur esprit d’ouverture.

Dans la foulée, il a tenu à expliquer que l’appellation d’origine amazighe : « Imintanout » est un mot composé qui, comprend deux volets à savoir : « Imin » c’est-à-dire : (Entrée) et « Tanout » (Puits) dont, la jonction donne : l’entrée du puits ou plus précisément, cette zone limitrophe servant de lieu de repos pour les caravaniers et d’abreuvement du bétail.

La positon géographique d’Imintanout en tant que carrefour entre plusieurs villes et provinces, entre autres, Marrakech, Al Haouz, Agadir, Essaouira…., fait que la ville a toujours servi, à travers l’histoire, d’exemple d’ouverture et d’échange, mais aussi de terre de vivre en commun et de coexistence pacifique, a fait savoir M. Irkmene, mettant l’accent sur la présence, par le passé, à Imintanout d’une importante communauté juive d’origine amazighe, qui avait laissé ses traces apparentes dans différents aspects de la vie.

Dans la foulée, il n’a pas manqué de mettre en relief cette « symbiose » inouïe, qui de tout temps existait entre musulmans et juifs qui vivaient, côte à côte, citant à titre d’exemple l’existence d’un quartier et d’un cimetière juifs.

Ce natif d’Imintanout qui avait servi pendant plus de 40 ans dans l’enseignement, a estimé que ce sont tous ces facteurs parmi d’autres qui font qu’Imintanout jouit de cette notoriété d’être une terre d’ouverture et d’échange.

Au rang de ces traditions ancestrales formant le socle de cet esprit d’ouverture qui caractérise la ville d’Imintanout figure une véritable culture d’hospitalité, de partage et de l’action sociale et commune surtout, au sein d’une communauté qui vivait essentiellement, à une époque précise de l’histoire, de l’agriculture et de l’élevage ou encore, de l’activité commerciale. Une culture qui passe de génération en génération dans le cadre d’une « transmission » quasi-automatique.

C’est dans ce souci majeur de faire revivifier ces principes et valeurs que les organisateurs du festival ont veillé à ce que cet événement soit la vitrine de cette ouverture. Une ouverture à travers une multitude de styles musicaux allant de la chanson populaire, au Rai, à la chanson amazighe, en passant par la chanson hassanie, les rythmes singuliers et les sonorités magiques du folklore local, en arrivant au Rap 100% marocain, puis à la musique de Jeunes.

Une véritable programmation combien riche et variée, de quoi satisfaire tous les goûts et qui s’inscrit dans l’esprit de la thématique arrêtée pour cette nouvelle édition à savoir : « Imintanout, terre symbolisant le Maroc du vivre-ensemble et de la liberté ».

Organisé par l’Association Imintanout pour le Dialogue Culturel et Artistique et le Conseil Communal de la ville, en partenariat avec le Conseil de la Région Marrakech- Safi, le ministère de la Culture, de la jeunesse et de la communication et celui de l’Intérieur, le Festival a offert l’occasion pour la aficionados de la musique riche et variée de venir rencontrer leurs stars préférées, à l’instar de « Muslim », « Lartiste », « Adil Miloudi », « Saida Charaf », « Said Senhaji », et « Ikram El Abdiya ».

Les festivaliers ont eu également la chance de renouer et d’apprécier des chants et rythmes parmi les plus authentiques et originaux de la chanson locale notamment, avec les artistes « Houcine Taousse », « Outaleb El Mezoudi », et « Said Asamghour ».

Evénement majeur en phase de s’élargir à l’avenir et de s’ouvrir sur d’autres cultures et styles musicaux, le Festival d’Imintanout se fixe pour objectif d’insuffler une nouvelle dynamique culturelle et artistique au niveau de cette ville et ses zones avoisinantes.