Le temps d’un Festival, Chichaoua met à l’honneur l’art de la fantasia

Par : Samir LOTFY

Chichaoua- La ville de Chichaoua s’est mise du 01 au 04 septembre à l’heure de la 14è édition de son Festival national, un rendez-vous réussi à tous les niveaux et tant attendu pour mettre à l’honneur tout un patrimoine séculaire et un savoir-faire ancestral qu’incarne « la fantasia », communément connue sous l’appellation « Tbourida ».

Si cette édition a été singulière de par sa programmation riche et variée mettant en relief la diversité et la singularité de la culture et des arts du Royaume, elle a fait de la promotion de la fantasia auprès des festivaliers parmi les visiteurs de Chichaoua et de ses hôtes, une priorité de premier plan, en faisant revivifier tout un rituel, une tradition séculaire et une pratique très répandue chez certaines tribus de la région qui veillent jalousement à la préserver et à la pérenniser pour en assurer une meilleure transmission aux générations montantes.

Justement, c’est dans ce souci aussi de rendre cet art au service du développement local, social et humain que le Forum de Chichaoua pour la Culture et les Arts et les autres partenaires n’ont pas lésiné sur les moyens pour que la fantasia soit au coeur de ce rendez-vous annuel et l’une de ses activités les plus attractives.

Pour ce faire, il a été procédé à l’aménagement en plein centre ville de Chichaoua, d’un grand terrain d’une superficie de près de 2 ha, sorte d’arène bordée de tentes caïdales « Khzanas » appartenant aux différentes tribus représentées par des « Sorbas » (équipes de cavaliers), et où, se déroulaient, dans une ambiance festive, une multitude d’exhibitions programmées au début de chaque soirée, pour mettre en relief tout un art séculaire et une partie intégrante du legs civilisationnel et patrimonial du Royaume.

C’est dans ce sens que près de 40.000 à 50.000 festivaliers viennent donc grouiller autour de cet immense terrain, défiant les rayons brulants d’un soleil pesant, le temps de renouer avec cet art ancestral et venir découvrir le cheval de prédilection, le « Barbe », une espèce emblématique née du croisement entre le pur-sang arabe et un cheval local d’Afrique du nord.

Le choix du barbe pour la fantasia n’est pas fortuit et émane du fait que cette espèce se trouve très réputée par sa robustesse, sa résistance aux variations du climat, sa rapidité sur les courtes distances, son agilité, son endurance, sa puissance et aussi pour ses traits dociles et non craintifs.

Chaleureusement accueillis, chaque jour du Festival, sous une pluie d’acclamations et de youyous qui envahissent l’atmosphère, par une assistance de tous les âges venue massivement découvrir et apprécier, à sa juste valeur, cet art ancestral du Maroc profond, plus de 525 cavaliers représentant quelque 35 Sorbas, en provenance de différentes régions du Royaume se sont donnés rendez-vous à cet événement, occasion de fournir généreusement et majestueusement, de belles images de ce qui étaient l’héroïsme, le courage et la grande bravoure des anciens « guerriers ».

Des « cavaliers » parmi les plus rodés et les plus beaux destriers qui se dressent devant une foule admirative. Les Sorbas (composée de 15 à 20 éléments chacune) fournissent tout un effort pour s’aligner correctement sur la ligne à un moment où, la tension et le stress se lisent sur les visages et la concentration bat son plein pour un départ réussi.

En même temps, l’ensemble des cavaliers se montrent très élégants en s’habillant à la traditionnelle (costume traditionnel, bournous +sorte de cape+, bottes en cuir sous forme de babouches longues…), alors qu’il serait aisé de distinguer les moqadems (chefs de la sorba) souvent âgés, qui eux, tout en portant des costumes richement décorés, demeurent « imperturbables », bien qu’affichant à l’évidence, une nervosité clairement tracée sur les visages, le temps de scruter la ligne de départ d’un oeil expérimenté, et passant au crible, chacun, des gestes et comportements des éléments de sa propre Sorba.

A travers une série de shows époustouflants, magiques et alléchants, l’aventure va se poursuivre par ces cavaliers qui trouvent donc, tout le plaisir et la joie à se succéder fièrement sur cette « arène », le temps d’afficher, via une posture à l’apparence confortable mais, dissimulant un stress lié au souci que la prestation soit réussie, une élégance à toute épreuve, souvent associée à celle de leurs montures soigneusement préparées et décorées afin de mettre en lumière tout un savoir- faire des plus singuliers du maitre-artisan marocain.

Une fois alignés sur la ligne du départ, les cavaliers formant la « Sorba » restent très sensibles à ce que l’arrivée soit atteinte dans les règles de l’art et ce, en exécutant avec « grâce » et « adresse » et dans une synchronisation si singulière, des gestes où maniement habile des fusils, maîtrise des chevaux et tirs de fusil au final, sont les derniers maîtres mots pour juger de la réussite ou de l’échec de toute une démonstration pourtant suivie dès le départ à peigne fin.

C’est dire qu’à quelque enjambées de la ligne d’arrivée, le chef de fil lève sa voix, sur un ton ferme, invitant ses cavaliers à la préparation de leurs fusils, en prononçant la fameuse phrase : « Hadar Lamkahal », suite de quoi, les cavaliers dans un geste « machinal », abandonnent la bride et exhibent avec fierté leurs armes en les tenant des deux mains tout en poursuivant la course au galope.

Dans une simulation inouïe d’un assaut des anciens « guerriers », ces cavaliers si minutieux au moindre détail, achèvent donc leur course en apothéose, en autorisant leurs fusils à cracher simultanément leurs salves, dans un seul souci, ne pas constater de décalage dans l’exécution de la prestation. En un mot : Seule une détonation sortie en même temps des canons des fusils sera synonyme de la réussite de toute une exhibition.

Toutefois, ce qui est fort admirable dans chaque sorba c’est souvent cet âge distingué des cavaliers et il n’est nullement étrange de constater que des cavaliers plus âgés côtoient, dans une symbiose élégante, d’autres dans la fleur d’âge ne dépasse guère les 18 ans, le tout dans une illustration éloquente que cette transmission est désormais amplement réussie.

Avec tout ce rituel riche et élégant où, le cheval et son maître occupent, in fine, une place centrale dans le show, Chichaoua a su encore une fois, revivifier la « Tbourida » en tant que patrimoine national indéniable, et composante majeure des pratiques liées au cheval.

Dans une déclaration à M24, la chaine télévisée de l’information en continu de la MAP, M. Redouane Taki, membre du Forum de Chichaoua pour la Culture et les Arts, s’est félicité de l’organisation de ce Festival, avec au menu des shows parmi les plus emblématiques de la fantasia.

Dans une déclaration similaire, M. Ali Said, cavalier dans une Sorba de Chichaoua, a mis en avant, quant à lui, la qualité de l’organisation de ce Festival qui a réuni plusieurs sorbas parmi les plus célèbres au Maroc, notant que ce genre de manifestation est de nature à mettre en relief la Tbourida en tant que patrimoine humain universel.

Dans la foulée, il s’est félicité de la mobilisation des organisateurs pour que les cavaliers puissent exécuter leurs prestations dans d’excellentes conditions en termes de sécurité et d’encadrement, notant que ce Festival a permis de rassembler les meilleurs cavaliers et chevaux à l’échelle régionale comme au plan national.

Placé sous le thème « Chichaoua : mémoire et diversité, ouverture et continuité », la 14è édition du festival national de Chichaoua a été Initiée par le Forum de Chichaoua pour la Culture et les Arts, en partenariat avec le Conseil communal de la ville, et avec le concours également du ministère de la Culture, de la jeunesse et de la communication, du ministère de l’Intérieur, du Conseil de la Région Marrakech- Safi ainsi que du Conseil provincial.