Les langues du discours religieux au coeur des débats à Marrakech

Marrakech – Le 1er congrès sur les langues du discours religieux a ouvert ses travaux, lundi à Marrakech, avec la participation d’un parterre de chercheurs et d’académiciens, le temps d’aborder et de débattre de la thématique des langues utilisées dans la communication à des fins religieuses, en se focalisant sur leurs propres caractéristiques existentielles, linguistiques et culturelles.

Organisée jusqu’au 23 courant par le Centre « Ataa » pour la Recherche en Langues, dans le cadre de la mise en œuvre de ses objectifs stratégiques et scientifiques, cette rencontre jette la lumière sur les fondements du dialogue interreligieux en s’appuyant sur les langages et termes d’un discours religieux global autour duquel, convergent les religions, tout en opérant un engagement dans toute initiative positive visant la promotion de la coexistence et de la tolérance, ainsi que la réalisation du changement dans son sens profond et global.

Cet événement, qui a été marqué par un vibrant hommage au Dr. Moulay Mamoun El Mrini à l’occasion de la publication de son ouvrage « Les illuminés » du linguiste Abulwaleed Marwan Ibn Jannah de Cordoue, a également pour objectif de faire face aux récits conflictuels et d’emprunter une voie unique pour s’en immuniser en privilégiant la vertu du dialogue.

Il vient aussi dévoiler des personnalités extraordinaires qui ont œuvré dans ce sens, notamment Imam Al-Ghazali et Ibn Maymoun, mettant en exergue l’expérience andalouse qui a tissé des liens entre les différentes religions.

Dans une allocution par visioconférence, le ministre des Habous et des Affaires Islamiques, M. Ahmed Toufiq, a souligné l’importance du sujet évoqué dans le cadre de la thématique de congrès à savoir : les langues du discours religieux, notant que « pour les musulmans, le discours est divin, mais son interprétation revient aux sages ».

Ces sages sont appelés à adopter une approche prudente, a-t-il relevé, saluant dans ce sens l’objectivité, la sagesse et le niveau intellectuel des professeurs participant à cette rencontre.

M. Toufiq a, par ailleurs, indiqué que Dr. Moulay Mamoun El Mrini (Professeur d’hébreu et de religions comparées) a œuvré pour promouvoir la recherche académique sur un sujet très pertinent.

Pour sa part, le président du Conseil local des oulémas de Marrakech, M. Mohamed Ezzeddine Al Miâyar Idrissi, a souligné l’importance du débat et de l’échange sur de tels sujets qui font dialoguer le patrimoine avec le contemporain, et assurer leur rapprochement afin d’enrichir l’équilibre de l’un et de l’autre.

« La religion est un système unifié basé sur la révélation divine, alors que le discours est diversifié en fonction des différentes langues », a-t-il soutenu, appelant à cet égard à accorder une grande attention à la langue arabe qui a prouvé sa résilience.

De son côté, M. Hicham Fateh, directeur du Centre « Ataa » pour la Recherche en Langues, a fait savoir que ce Congrès cherche à établir un échange scientifique sur les langues du discours religieux, estimant que cet échange fait dialoguer les trois religions monothéistes.

Dans une déclaration à M24, la chaîne télévisée de l’information en continu de la MAP, il a fait remarquer que cette rencontre adopte une approche innovante qui intègre différentes disciplines spécialisées, telles que la psychologie, l’anthropologie et la paléontologie.

Cette manifestation vient couronner une année de travail académique, avec un focus sur des travaux scientifiques dans diverses disciplines des sciences humaines, tout en mettant l’accent sur l’hommage dédié à M. El Mrini, cet éminent chercheur dans les études orientales et de la religion comparée et l’une des figures éminentes de l’Université marocaine, ayant accumulé un capital scientifique et humain qui constitue l’un des objectifs auxquels tend ce congrès, en se penchant sur l’examen des langues du discours religieux.

L’objectif ultime étant de consacrer les valeurs de tolérance, d’ouverture sur l’autre et de respect des spécificités religieuses et culturelles que d’autres civilisations ont accumulée.

Dans ce sens, le parcours de M. El Mrini se veut une illustration éloquente de ces valeurs, à travers la publication de cet ouvrage à forte charge civilisationnelle.

Cette rencontre, offre l’opportunité également de mettre en relief le statut scientifique et civilisationnel de Marrakech et son histoire marquée par la succession de plusieurs civilisations, reflétant ainsi le rayonnement de l’identité et de la civilisation marocaines en tant qu’incubateur de la civilisation de la science et de la pensée, et carrefour incontournable des religions et de leurs langues.