Quand Essaouira ouvre une nouvelle page dans l’Histoire de l’Humanité

Par Mohamed KOURSI.
Essaouira – La palette si riche du répertoire patrimonial d’Essaouira, en passe de devenir un espace de référence incontournable à l’échelle internationale, ne cesse d’impressionner et de livrer ses trésors pour une lecture exhaustive de l’Histoire de l’Humanité.

De la découverte archéologique exceptionnelle à la grotte de Bizmoune à l’annonce des conclusions d’une étude sur les Sucreries d’Ida Ougard ayant fait état que c’est uniquement à Essaouira que sont désormais encore debout les seuls vestiges des cycles de la pré-industrie sucrière à travers le monde, la Cité des Alizés a ainsi ouvert une nouvelle page dans l’Histoire de la Terre et de l’Humanité et vécu, au cours de l’année qui s’achève, des moments des plus exaltants et des plus émouvants de sa longue histoire.

En effet, les astres se sont alignés pour révéler au monde, depuis Essaouira au cours de l’année 2021, une parure de bijoux vieille de 150.000 ans, en tant que nouvel indice qui vient témoigner du plus ancien comportement symbolique humain.

Cette découverte de l’un des plus anciens éléments de parure et de l’un des premiers indices de l’Humanité fait apparaître l’existence de relations structurées entre membres d’un même groupe ou de groupes différents et illustre, pour la première fois et à sa façon, l’existence d’une forme de langage, voire d’une langue, à l’époque de l’Homo-Sapiens.

Cette performance archéologique exceptionnelle est à inscrire à l’actif d’une équipe de chercheurs pluridisciplinaire et internationale, dirigée par le professeur d’archéologie préhistorique à l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) et figure militante et engagée, Abdeljalil Bouzouggar.

Cette découverte consiste en 32 coquilles façonnées de gastéropodes marins dans un niveau datant de 142.000 à 150.000 ans et sont des artefacts fabriqués à partir de coquilles de Tritia gibbosula, qui ont été perforées par l’Homme et ocrées pour être portées comme colliers, bracelets et même attachées aux vêtements, portant une couleur rouge qui peut avoir comme signification le sang, la vie ou les liens de parenté.

Ce type de parure préhistorique apparaît plus abondamment au Maroc qu’ailleurs dans les quelques pays d’Afrique et du Moyen-Orient.

La découverte de Bizmoune offre aussi des informations cruciales sur l’origine du comportement symbolique de l’être humain, pouvant avoir plusieurs significations, à savoir des indices sur les relations et rapports entre membres du même groupe ou d’autres communautés, ou sur la présence d’une langue commune et d’une identité.

Outre cette découverte si singulière à la grotte de Bizmoune, une étude menée par une équipe de scientifiques français (MM. André Bonnal, Gilles Texier et Edouard Pottier), vivant à Essaouira et qui ont pendant des années travaillé sur ce « legs souiri » de la période saâdienne, est venue révéler également que c’est seulement dans les environs d’Essaouira que sont désormais visibles les derniers vestiges de la naissance des cycles pré-industriels et industriels de la culture et de la production du sucre dans le monde.

Ces vestiges les plus emblématiques et les plus complets portent le sceau d’Ahmed El Mansour Eddahbi qui avait fait le choix de faire du Maroc l’un des pays leaders dans le monde de la production sucrière à cette époque.

Après l’éradication partout ailleurs, de la péninsule ibérique à l’Amérique latine, de toute trace physique de cette industrie, la sucrerie saâdienne d’Essaouira est désormais le site unique dans le monde d’un secteur agro-alimentaire et industriel qui avait connu son âge d’or au 16ème siècle.

Cette sucrerie impressionnante, toujours très visible et structurée, livre des leçons et des enseignements d’une exceptionnelle actualité sur le plan de l’écologie, des matériaux et de la conscience qui était celle des habitants de cette région à l’époque, en termes de protection de l’environnement et de préservation des traces que portaient déjà cette localité et cet espace, et qui renvoient aux civilisations qui y se sont succédées pendant des siècles.

Les sucreries d’Ida Ougard sont l’unique site au monde qui soit encore aujourd’hui visible et qui peut être visité dans la quasi-totalité du processus de production du sucre depuis les champs de la canne à sucre au produit fini en passant par la coupe et le traitement.

Toutefois, ce site historique qui constitue un témoignage exceptionnel de la profondeur de la civilisation d’Essaouira et de sa région, est à protéger, à faire connaître et à valoriser.

C’est dans ce sens que les parties prenantes envisagent le lancement d’une procédure pour le classement de ce site sur la liste du patrimoine matériel de l’Humanité de l’UNESCO, une initiative qui viendra, certes, confirmer le souci du Royaume de préserver toutes ces traces de sa civilisation ancestrale et séculaire, et qui ont fait l’histoire de l’Humanité.

A travers cette découverte de Bizmoune et l’engagement manifeste des parties prenantes pour la valorisation du site historique des Sucreries d’Ida Ougard, Essaouira a, de nouveau, mené un travail utile grâce aux scientifiques, qui oeuvrent depuis des années avec générosité, altruisme et volontarisme, pour nous permettre, en tant que Marocains, certes, mais bien au delà, de mieux comprendre ce qui se passait dans cette partie du territoire national.