Souad Baya ou l’impératif d’une déconstruction des stéréotypes

Par : Fouad Benjlika
Marrakech – Connue par sa rigueur, son sérieux et sa persévérance, Souad Baya est l’illustration d’une femme cadre au sein de l’administration, convaincue que l’amélioration de la situation de la femme marocaine passe d’abord par « la déconstruction des stéréotypes et le changement des mentalités ».

Grande femme de principes à occuper, par mérite et compétence, le poste de Directrice Régionale des Impôts de Marrakech-Safi relevant de la Direction générale des Impôts (DGI), Mme Baya a estimé indispensable de se mobiliser pour parvenir à « briser les stéréotypes et à changer les mentalités ».

A ses yeux, l’amélioration de la situation de la femme marocaine implique que toute la communauté se mobilise pour lutter contre la discrimination basée sur le genre et à promouvoir l’égalité Homme-Femme.

« Nos façons de penser, de parler et d’agir au quotidien doivent être alignées avec l’objectif recherché à savoir la promotion de l’égalité Homme-Femme, en commençant par nos comportements envers nous-mêmes, envers nos enfants, nos conjoints, les membres de nos familles, nos ami(es), nos voisin(es) et nos collègues », a-t-elle assuré.

Née au sein d’une famille modeste, Mme Souad Baya, dont les parents sont issus d’un milieu rural patriarcal et très conservateur, où le rôle de la femme n’est valorisé que par celui d’être une épouse et/ou une mère, a réussi à poursuivre ses études d’ingénieur et à intégrer la DGI où elle a gravi les échelons pour occuper un poste de responsabilité si important.

« Si je suis parvenue à accomplir ce parcours brillant, c’est grâce notamment à mes parents qui ont pu faire face aux réalités socioculturelles », se souvient-elle avec fierté, avant de relever que ses sœurs et son frère ont été éduqués dès leur jeune âge à l’égalité homme-femme au sein du foyer parental.

« Mon père m’a permis de voler de mes propres ailes et de faire mes études supérieures loin du foyer familial, en dépit des commentaires et critiques de certains membres de son village », a-t-elle confié dans une déclaration à la MAP.

Souad Baya se rappelle que sa mère, quant à elle, a combattu son analphabétisme et a été toujours d’un grand soutien pour elle, en la poussant sans cesse à se réaliser en tant que femme libre et indépendante.

« Aujourd’hui, l’occasion m’est offerte de leur exprimer ma gratitude pour tout ce qu’ils ont fait, afin que je sois la femme que je suis. Par la même occasion je rends un grand hommage aux femmes et hommes qui, comme eux, croient et s’appliquent au quotidien pour l’égalité Homme-Femme et qui travaillent, côte à côte, pour promouvoir les droits de la femme », a dit Mme Baya.

Après des études à l’Institut national de statistiques et de l’économie appliquée (ENSEA) à Rabat d’où elle décroche, haut la main, un diplôme d’ingénieur d’Etat en économie appliquée, elle a intégré la DGI avant d’être affectée à la Direction régionale des Impôts à Marrakech en 2003.

Mme Souad Baya a débuté son parcours professionnel brillant à Marrakech en tant que chargée de la gestion de la fiscalité des personnes professionnelles, puis la gestion fiscale des personnes morales avant d’être nommée en 2010, vérificateur au service régional de vérification qui relève de la Direction régionale des Impôts et par la suite chef de service régional de vérification en 2013.

Ce parcours professionnel riche et prolifique ne va pas tarder à être couronné par sa nomination en 2017 à la tête de la Direction régionale des impôts à Marrakech.

Cette responsable a avoué qu’elle ne pouvait être ce qu’elle est devenue aujourd’hui sans le soutien infaillible de ses collègues -hommes et femmes- mais aussi et surtout, de son mari, un homme très compréhensif qui n’a cessé de l’encourager tout au long de sa carrière professionnelle.

Elle reconnait pourtant les difficultés que rencontre la femme pour accéder aux postes de responsabilité à savoir : sa disponibilité à travailler parfois jusqu’à une heure tardive, ou à se déplacer loin de chez elle pour des réunions, des séminaires et des rencontres de travail.

« Cette réalité difficile pousse une majorité de femmes à s’éclipser et revenir en arrière, en préférant accorder davantage d’importance à la vie familiale, partant de la conviction que quand on est responsable, on a moins de temps pour la famille », a-t-elle expliqué.

« Sans le soutien d’une famille compréhensive, il sera difficile de concilier entre vie professionnelle et vie familiale », a-t-elle estimé.

Par ailleurs, Mme Souad Baya a reconnu que le Maroc a accompli des progrès importants en matière d’égalité Homme-Femme depuis l’adoption de la Constitution de 2011.

En effet, le Royaume a mis en place une panoplie de lois et textes visant à promouvoir la situation de la femme et à encourager la gent féminine à accéder aux postes de prise de décisions, car la femme non seulement, représente un potentiel énorme mais possède également une autre manière de voir les choses et de gérer celles les plus complexes.

« Ces efforts institutionnels ont permis à notre pays de progresser sur le plan quantitatif puisque, le taux d’accès des femmes aux postes de responsabilité est passé de 10% en 2001 à 22% en 2016, soit une augmentation de 120% », a-t-elle relevé, faisant remarquer que ce taux est de 39% à la DGI, soit l’un des plus élevés au niveau de l’administration marocaine.

Elle a de même estimé important d’œuvrer afin de donner beaucoup d’espoir à cette nouvelle génération de femmes ambitieuses et compétentes, et à les encourager à développer leur leadership.

Selon Souad Baya, la Journée internationale de la femme offre l’occasion de faire le point sur le militantisme engagé, les acquis et les réalisations et surtout, de préparer l’avenir et mieux s’outiller pour saisir les opportunités qui se présentent aux futures générations de femmes.

Cette journée est aussi un moment pour sensibiliser et mettre en relief le rôle de la femme dans la société et les énormes sacrifices qu’elle ne cesse de consentir pour le bien-être de tous.

Il s’agit aussi de rappeler aux hommes que l’amélioration de la situation de la femme est une cause qui concerne aussi les hommes ainsi que la société dans son intégralité.